Il est très dur de se faire une place ! - Nancy Morais

     
       

Les Sportsman sont lents ! (C.Therrien)

 
   

La complice... et son "chéri"

 
   

Championnat de courses sur glace

 
   

C'est comme être à l'école !(Y.Lafrance)

 
   

il est très dur de se faire une place...

 
   

Quand Dame Nature s’en mêle !

 
   

Surcharge de travail

 
   

Honda se fait Hara-Kiri !

 
   

Le salon de l’auto à Détroit

 
       
       
  Photo: Nancy Morais      
 


Nom : Nancy Morais 

Date de naissance : 18 août 1980

Lieu de naissance : Hawkesbury, Ont

Depuis quel âge vas-tu aux courses ? J'ai été initiée aux courses à l'âge de 12 ans. Mon père a été l’organisateur de derby de démolition sur neige à Lac des Plages en Outaouais pendant 5 ans, il me semble, et je l'ai suivi toutes ces années, soit en lui portant un coup de main du mieux que je pouvais ou en conduisant ses autos pour les amener au derby. Hélas, en 1997, ce fut la dernière année des derbys de démolition et des courses d'endurance. Je devais attendre ma majorité pour avoir droit d'y participer.

Par la suite, en 2003, avec un copain de ces années-là qui pratiquait la course sur glace en VTT et qui avait déjà couru en stock-car à St-Eustache, nous assistions aux courses à titre de spectateurs. Par la suite, lui et moi nous sommes joints à une équipe de Pro-Truck qui, par la suite, a couru en LMS et nous avons parcouru le Québec faisant le tour des autodromes. Lorsque la saison de LMS fut terminée, nous sommes retournés voir les courses à St-Eustache, et surprise, à notre retour, une classe réservée aux femmes était ressuscitée... La semaine suivante, il me fallait une voiture. Si elles étaient capables, moi aussi je le ferais.

Parle-moi de ta famille ? Enfant unique et issue d'une famille de mécaniciens de père en fils et en filles... Je suis «née» dans un garage. J'ai des photos me montrant vers l'âge de 4-5 ans, dans le garage de mon père, avec un ratchet dans les main en train d'essayer de démonter un 350 de GM ! Je me rappelle ma mère me disant dans ma jeunesse :

« Je ne veux pas que tu fasses la même chose que ton père dans la vie. » Désolée, mais je n’ai pas suivi ses conseils. Je me suis toujours démarquée dans ma jeunesse comme une Tom Boy. Je n'avais que des amis garçons, un quatre roues, un ski-doo et j'ai quitté la maison familiale à 15 ans pour aller vivre seule avec mon chum. J'ai été rebelle un peu, j'avoue et j'ai fait paniquer ma mère plus d'une fois.

Pendant combien de temps as-tu couru ? Je n'ai couru que pendant trois étés de 2006 à 2008, à St-Eustache seulement. 

Quel a été ton cheminement ? Je suis arrivée un matin au garage de mon père à Lac des plages et je lui ai dit : « J'ai une semaine pour me préparer un char de course ! » Tout de suite, on a fait le tour de la cour et la seule chose qui fonctionnait et qui était sur la route il n’y a pas longtemps était un vieux Ford Tempo 1985 à carburateur ! Quel désastre, pour m'aider, en plus, mon père l'a peinturé gris galerie Tremclad. Vous avez une idée! Et on l'a nommé Yoland. Yoland Gingras, car l'ancien propriétaires'appelait M. Gingras.

J'ai couru environ 8 courses, j’ai participé à un endurode 200 tours de 4 cylindres et je suis quand même terminée 4ème au championnat de Tigresses de 2006. Hiver 2007, plutôt avril 2007, il me fallait une nouvelle bagnole. Mon père m'a donc déniché un Chevrolet Cavalier 1994 avec pas moins de 346 000 km. Cette année là, j'ai eu quelques commanditaires qui m'ont beaucoup aidée, C. Douglas Lettrage pour les strippes, Centre de réparation C.B. (mon père) pour les pièces, l'auto, le temps, le camion, la remorque, enfin pas mal de choses, mon employeur Pneus Sarrazin, Villeneuve Tank Line et la Pourvoirie MoKo, qui m'ont donné des finances. Celui là (le véhicule)en passant s'appelait Ti-Oui.

C'est avec 6 victoires et une constance sans bon sens qu'au beau milieu de la saison, je suis arrivée en tête du championnat, et si je me souviens bien, jusqu'à la fin. Une seule compétitrice m'a donné beaucoup de fil à retordre, Lyna Martel, que je salue en passant. En 2008, mon idée n'était pas de retourner en courses, parce que ça demande extrêmement de temps, d'argent et après un tel accomplissement, boff, j'avais moins le goût. Par hasard, j'ai ramassé un Chevrolet Cavalier 1995 où je travaille et mon copain de l'époque et moi avons décidé de le monter.

En 2008, Nancy va courir avec les hommes. J’ai investi beaucoup d'argent dans cette auto. Mon ex lui, a investi un hiver complet, il l'a démontée en pièces et a fait un chef d'oeuvre. J'ai fait 6 courses au total avec cette voiture, je suis toujours terminée 6 ou 7ème et j'ai atteint la pôle position au championnat, que j'ai gardée 3 semaines et ce fut terminé. J'ai atteint mon but. Ça jouait beaucoup plus chien, plusd'engueulades dans les puits.

En passant, j'étais la seule dame constante àcourir avec les gars. Après une course où je me suis choquée de me faire dire : « Tu les laisses passer, sois plus impolie », bien j'ai foncé. À ma sortie de la piste, 2-3 gars m'attendaient et me lançaient des injures. Je suis restée cachée dans mon camion seule, en attendant la fin des courses pour quitter. Lorsque je suis sortie de mon camion, j'ai entendu : « On a jasé une gang de gars ensemble, pis on va te placer dans le mur, si tu te calmes pas. » Eh bien, c'est sur ces phrases que mon trip s'est terminé.

Quelles sont les personnes qui t'ont aidée le plus dans ta carrière et comment ? En première place, mon père, Claude Bernard, que j'adore et qui me donnerait la lune si c'était possible. Il m'a tout fourni ce dont j'avais besoin et qui m'a soutenue jusqu'à la fin, ainsi que sa compagne Hélène Larose et mon mécanicien et ex, sans qui je n'aurais pu y arriver ; Jacques Tassé, c'était aussi mon coach, mon motivateur.

Je crois que le fait de voir une apprentie aller aussi loin avec un véhicule que tu construits et ajustes vraiment à la perfection doit être d'une satisfaction incroyable.

Tes plus beaux souvenirs de course ? Sans aucun doute les tours de piste avec le drapeau à damier, les applaudissements des spectateurs, le commentateur nommer mon nom au micro, me voir gagner à l'émission RDS Motorisé, que mes collègues de travail me disent m'avoir vu à la télé.. et ma dernière course, celle qui m'a confirmé mon championnat.

Ton pire moment ? En 2006, j'ai échappé mon Tempo et heurté le mur à la sortie de la courbe #2. Depuis cet incident, j'ai des problèmes avec ma mâchoire, je me rappelle avoir entendu le commentateur dire par la suite : « Il y a ceux qui ont peur de frôler le mur et ceux qui l'ont frappé...» Je suis maintenant dans celles qui l'ont frappé.

A quelle piste as-tu couru ? Seulement à St Eustache, j'ai seulement fait de l'ovale, je n’ai jamais essayé d'autres pistes, que ce soit sur la terre battue, sur la glace... rien d'autre.

Es-tu nerveuse avant, pendant ou après la course ? Seulement avant, sur la fausse grille. On dirait que dès que tu embarques sur la piste, tu entres dans un autre monde. Tout s'arrête, il n'y a que nous, c'est nous, le show. Je parlais toujours à mon auto avant de courser...et je criais : « Yes, Yes, Yes! » J'ai appris cela dans un cours de motivation en vente et ça m'a vraiment porté fruit !

Quelle est ta piste de course préférée ? Pendant l'été où j'ai participé à titre de membre dans une équipe de LMS, pour ne pas le nommer, Martin Marcoux, celle qui m'a le plus fait tripper est celle de Vallée Jonction. La dimension de la piste, l'inclinaison, les habitants de cette région, l'hospitalité.

Est-ce que tu as vu des courses sur terre battue ? Oui, à quelques reprises. Je suis allée à Granby et Cornwall voir les Empire Super Sprints.

Qu’est-ce que tu en penses ? Ce sont des malades. Pas du tout les mêmes techniques que j'ai pratiquées, des véhicules super puissants, du dérapage sans bon sens, un autre monde, tout simplement

Parle-moi de ton travail ? Je travaille chez Pneus Sarrazin à titre d'aviseure technique dans le département de mécanique. Métier que j'ai appris sur le tas. Dans la période d'achalandage, dans le département des pneus, j'aime bien en vendre. J'ai commencé comme vendeuse de pneus et j'ai gradué dans le département mécanique. Un femme dans le domaine, je crois que ça donne un plus.

Comment composes-tu dans ce domaine d’hommes ? Honnêtement, aujourd'hui, ça va bien. Il est très dur de se faire une place et de se faire respecter dans ce domaine. Je me suis déjà fait dire par un client que ce ne serait pas une femme qui allait lui vendre des pneus pour son pick-up, mais je suis orgueilleuse et lorsque je vois que le client a des doutes sur moi, eh bien, c'est à ce moment que je sors l'artillerie lourde. Je le plogue ! Soit dans les caractéristiques de son pneu ou bien sur l'alignement de sa voiture. disons que je ne me laisse pas faire pour ma satisfaction personnelle ! Et c'est pour cette raison que deux fois par année, mon collègue de travail et moi organisons une clinique portant sur la mécanique automobile et sur les pneus, qui est offerte exclusivement aux femmes. Pour familiariser les dames à leur véhicule, aux pneus, sur l'entretien recommandé, sur des composantes abîmées, bref, pour briser les préjugés des garages.

Pour cette année que fais-tu ? Rien ! Je me suis fait opérer pour la vue, je joue au golf et je vais aux courses à titre de spectatrice.

Aimerais-tu faire un retour à la compétition ? Oui, dans de meilleures conditions, peut-être essayer d'autre chose. Un été à relaxer, ça m'a vraiment fait du bien. J'ai passé du bon temps, mais il faut dire que c'est possible de sortir la fille des courses, mais impossible de sortir les courses de la fille...

Ton rêve ? Faire un cours de pilotage de stock car avec une grande personnalité de la course automobile, et sur une piste comme Bristol.


Steve Brillant
Chroniqueur
360NITRO.com